L'édition

Le monde merveilleux de l’édition.

edition.jpgEtant par nature un curieux, un boulimique toujours à la recherche de nouvelles expériences, comme beaucoup j’ai tenté l’aventure de faire publier un roman. Le constat personnel que j’en ai fait et qui n’engage que moi, est destiné à informer sans prétention tous ceux qui tentent leur chance en espérant devenir un jour les futurs Goncourt.  

Lorsque l’on sait qu’un français sur 100 à la capacité de rédiger une histoire correcte dans son domaine, il est bien évidemment qu’une sélection drastique doit se faire au départ. Sinon bientôt, chacun présentera son propre livre dans les librairies et après tout, tout le monde n’est pas un Maxime Chattam ou un Dan Brown ! Le plus important est donc de ne pas se prendre trop au sérieux.

Alors, si des maisons d’éditions proposent la possibilité de publier un célèbre inconnu, même si cela reste essentiellement dans un cercle restreint, au regard de la quantité d’inepties proposée, pourquoi bouder son plaisir De plus, cela laisse toujours une possibilité de faire ses premières armes dans un monde très fermé. D’être «découvert». Une petite porte entrouverte sur un univers clos d’avance. Je me demande même si ce n’est pas un passage obligé.

Pour aller plus loin dans cette réflexion, on peut s’interroger si l’édition du XXIème siècle ne sera pas justement ce principe de l’achat en ligne : choix plus vaste, convivialité, moindre coût… La librairie traditionnelle ne devenant plus alors qu’un dépôt vente élitiste.

Ce qui par contre est nettement plus frustrant, c’est de constater que les « stars médiatiques, acteurs et autres politiques, penseurs, cuisiniers, anciens sportifs et j’en passe… » Se font éditer sans problème, même si leur « œuvre » ne se résume souvent qu’à un coup de pub ou un moyen complémentaire de faire du fric. « Livre » écrit parfois en sous main par des « nègres ». Cela simplement parce que leur nom fait vendre. Il semble qu’à présent le marketing prime sur le talent et le seul impératif est de faire de l’argent.

Faut-il en déduire si l’on espère un jour être en tête de gondole dans les librairies et les grandes surfaces il ne reste plus qu’à faire de la télévision, de la bouffe, de la pâtisserie, des films, du tricot, de la prison, du foot, de la course à pied et peu importe si tu as gagné quoi que ce soit. Raconter sa rencontre avec Jésus ou E.T ou une enfance malheureuse c’est bien aussi. Un truc sordide sur la guerre ça marche toujours. L’arbre généalogique des hommes politiques. Guérir par la pensée positive. Manger bio, bien faire l’amour en 36 leçons, apprendre à tout faire soi-même, savoir survivre sur la lune…

Si cela reste une des principales bases de sélection des grandes maisons, finalement si l’édition en ligne peut contribuer à bousculer un peu ce système, c’est aussi bien. Sinon, il reste toujours à l’obscur inconnu de frapper à la porte des petits éditeurs méconnus

Dans un autre registre, j’ai également lu quelque part sur la toile qu’il était même possible, via un système de CD Rom, d’inclure dans une histoire réalisée automatiquement, nos propres personnages et se retrouver avec son propre bouquin de 180 pages sans même en avoir rédigé une ligne. J’ai lu également que des « écrivains » proposaient d’écrire, moyennant finances bien sûr, les mémoires de n’importe qui. Une sorte de testament « littéraire » pour les descendants. 

Liste non exhaustive mais révélatrice de cet univers :

D’abord, comme nous sommes tous un peu des feignants quelque part, une fois que l’on a terminé son « œuvre », on cherche bien logiquement des « éditeurs » qui acceptent des manuscrits à envoyer en ligne. C’est toujours du temps de gagné et de l’économie. Sinon, il faudra envoyer une bonne quarantaine de manuscrits dont la plupart passeront directement de la poste à la poubelle sans passer par la case lecture. Sans parler de l’attente fébrile et interminable (plusieurs mois) d’une improbable réponse. De plus, ces sites en ligne sont flatteurs, l’accroche est bien tournée et on s’y voit déjà. C’est bon pour l’ego.

Toutefois, il faut d’entrée faire de la mise en page, joindre des extraits courts, des extraits longs, des résumés, des ceci, des cela, qui font que l’on passe un temps interminable à faire en gros : leur travail ! Ce ne sont en fait que des prestataires de service qui se présentent comme des éditeurs. On est ni dans le compte d’auteur et pas vraiment dans le compte d’éditeurs. On flirt presque avec l’illégalité. Parmi eux il y a :

La société des écrivains :

Réponse à l’envoi entre quinze jours et trois semaines. Il n’y a peut être même pas de comité de lecture. Lorsque l’on bascule son manuscrit sur leur site, ils n’annoncent pas immédiatement certaines conditions particulières, mais au final, ils demandent de l’argent (plusieurs milliers d’euros), puis ils font de la relance téléphonique afin de négocier le tarif.

Edition le manuscrit :

Ils semblent être les plus critiqués de l’édition en ligne après La société des écrivains. Ils sont également les plus exigeants en matière de présentation, sauf (d’après les déçus qui sont passés par cette maison) qu’ils fournissent un travail moyen. Couverture de mauvaise qualité, mise en page approximative… qu’ils n’informent jamais l’auteur de l’état de ses ventes (si ventes il y a). Ils se contentent juste d’afficher le livre sur leur site. C’est même à se demander s’ils en ont réellement imprimé au moins quelques exemplaires. Mais c’est gratuit. A moins que l’on ne désire avoir une jolie couverture…

Edilivre :
Réponse à l’envoi entre quinze jours et trois semaines. Ils semblent être les plus sérieux du lot. Pas de demande d’argent toutefois ils font des propositions optionnelles : relecture + correction, couverture avec photo fourni, couverture entièrement réalisée etc… etc…

Ils laissent 10% HT sur les ventes (d’ailleurs c’est à peu près la même chose partout.) Le prix de vente n’est pas fixé sur le contrat

Concrètement, si l’on souhaite faire paraître un roman, un recueil de textes, voir de nouvelles, sans débourser, c’est jouable. Ainsi, on verra son livre afficher sur le net et l’on pourra également s’en offrir un puisqu’ils font une remise sur les achats. 

Editeur indépendant :

Suite à une scission d’avec Edilivre, ils ont choisi toutefois de se mettre en commun pour la présentation de certains romans. La méthode reste la même que pour Edilivre. J’ai noté que les auteurs publiés chez eux faisaient des éloges et je n’ai pas trouvé de grosses critiques sur le net. De même, j’ai constaté que quelques articles sur les bouquins édités paraissaient dans les journaux.

En gros, dans tous ces maisons, ce qui est TRES surprenant, c’est que l’on ne demande jamais de retoucher quoi que ce soit, pas même un accent ! Il y a peu de suivi derrière et si l’on espère vendre, globalement on prend son œuvre sous le bras et l’on fait soi même le commercial. Sauf que les libraires ne suivent jamais car, d’après eux, « l’éditeur » fournit uniquement à la commande contre règlement cash sans reprise d’invendus avec des délais à faire peur. C’est souvent d’une qualité et d'une présentation plus que médiocre à moins d’y mettre le prix. Il n’y a jamais de stock car ils produisent au coup par coup. En clair, à moins d’un miracle, on aura jamais 400 exemplaires distribués sur tout le territoire national…!

Généralement les prix de vente qu’ils affichent en ligne sont plus élevés que les têtes de gondole de grandes surfaces. Donc, « l’œuvre » pondue par un célèbre inconnu, coûte plus cher que le dernier best-seller vendu à la Fnac. En plus, si un client potentiel, généralement une connaissance, souhaite se le procurer dans la librairie de son quartier, probablement pour faire plaisir à l’auteur, commence alors pour lui un véritable parcours du combattant.  

Fréquemment l’auteur résigné, finit par acheter lui-même ses livres chez son « éditeur » pour l’offrir en y rajoutant sa prestigieuse dédicace !… Si ce n’est pas du nombrilisme c’est du masochisme !

Une fois que l’on a enfin parfaitement compris que la gloire et la célébrité ne viendraient pas, sans parler de juteux bénéfices, c’est trop tard ! Le roman est désormais dans leurs tiroirs. C’est fini, on n'en est plus le propriétaire. Certains toutefois, permettent malgré tout d’aller voir ailleurs comme « Editeur indépendant » Ils prendront quand même des royalties au passage sur tout ce qui pourrait être vendu ailleurs.

L’égo est donc satisfait de voir un livre édité à son nom, mais la déception est grande d’admettre que finalement on est un mouton soigneusement tondu avec quelque part le doute qui s’installe :

« Finalement j’aurai peut-être dû envoyer mes manuscrits aux grandes maisons car qui sait ? »

Les vrais comptes d’auteur tel : La plume noir…

Là au moins c’est clair, c’est du compte d’auteur donc, on paye pour t’offrir son livre. Il y a aussi « lulu » qui semble avoir une bonne réputation sur le net Egalement Publibook et carrefour du net mais avec ceux là, il faut rester prudent!

Cette pratique est une autre façon de procéder. On paye son livre et l’on se retrouve avec deux cartons de son œuvre au milieu de son salon que l’on n’a plus qu’à revendre autour de toi. Le coût va de 1500€ à 5000€…. Mais là encore c’est bon pour l’ego de voir et de toucher son jouet….

Les pièges à gogos !

Alors là, c’est le must ! Comme on s’est rendu compte que les envois de manuscrits via le net ne menaient, sauf exception, pas plus loin que si l’on avait été soi même chez un imprimeur, échaudé, on décide de changer de méthode et l’on va courageusement faire des photocopies de son bazar que l’on envoie chez des éditeurs pas trop célèbres. Car quand même, faut pas rêver non plus, on débute, nous ne sommes pas encore Victor Hugo. Je relève quatre maisons qui  apparemment (restons prudent, évitons le procès !) sont réputés pour prendre surtout de l’argent. Mais ils y en a beaucoup, beaucoup d’autres… Thélès, Amaltée, Baudelaire et Bénévent. Le scénario reste le même. On reçoit d’abord une réponse qui fait chavirer d’extase :

« Monsieur, que vous me semblez doué, que vous me semblez beau, nous avons été absolument enchanté par votre manuscrit et nous souhaiterions avoir l’honneur et le privilège de vous publier… (Généralement c’est à ce moment que l’on se pâme…) Toutefois, reprennent-ils, il y a un mais (ah, je me disais aussi????) il paraît nécessaire avant publication de faire une correction de ceci et de remanier cela. Aussi, pour la modique somme de 1500€, nous nous chargeons de réaliser... Et vlan dans les dents ! C’est reparti une deuxième fois, il faut cracher au bassinet pour avoir ses deux cartons de livres

Quelques grosses maisons :

Seuil, Gallimard, Albin Michel, Grasset, Stock….. Un manuscrit pour cinq mille reçus, (un toute les 14 minutes) est retenu. Pas de commentaires. Ce n’est même pas la peine de s’y frotter car le un sur cinq mille est généralement celui qui a reçu la plus grosse recommandation d’un « people».

Quelques « moyens » qui semblent être sérieux et accessible :

Timée, XO, Belfond, Glyphe…

Ils ont une bonne réputation mais reste très difficile dans leur choix vu le nombre croissant de propositions et la crise littéraire qui frappe depuis quelques années.

Restes les « petites maisons » là vous avez une chance (1manuscrit sur 100 est retenu). Reste à éviter ceux qui vous demanderont de l’argent pour partager les risques, ceux qui n’auront pas les moyens de vous épauler…

En tout état de cause, il faut savoir qu’un auteur n’a jamais rien à payer. Que c’est l’éditeur qui prend tout en charge. Dés l’instant où l’on vous demande de l’argent on bascule. Et le talent dans tout cela me direz-vous en souriant ?

La condition d’écrivain

humour2.jpg« Dis tu dois être riche maintenant? »

Est ce que les écrivains français gagnent leur vie ? Sujet tabou entre tous, le train de vie des grandes plumes françaises reste un secret bien gardé par les grandes maisons de Saint-Germain-des-Prés. En tout, les écrivains vivant de leurs livres ne sont pas plus de cent cinquante. Une bourse éminemment volatile que nous avons décryptée comme une course cycliste, avec ses stars et ses porteurs d’eau.

Les règles de la course aux à-valoir.

Lorsqu’il signe un contrat avec une maison d’édition, un auteur est rémunéré de deux façons: il perçoit d’abord un à-valoir; sur les droits d’auteur, somme calculée en fonction de sa notoriété, du sujet, de l’audience espérée par l’éditeur. Ensuite, il percevra, un an après la sortie du livre, les droits, soit un pourcentage du prix hors taxe. Le contrat de base, en littérature générale, est le 8/10/12 : 8% pour un premier palier de 0 à X exemplaires, 10% de X à Y exemplaires et 12% au-delà. Le contrat devient un 10/12/14 quand l’auteur est une star! ou un gros transfert. Le X et le Y variant en fonction de la notoriété de l’auteur et des ventes des livres précédents.

Exemple avec Xxx : le contrat signé avec Hachette Littératures est un 10/12/14 depuis son premier livre. La jeune romancière touche 10% entre 0 et 10 000 exemplaires vendus, 12% jusqu’à 20 000, et 14% au-delà.

Entre son premier roman (2004) et son troisième roman (2008), son à-valoir a triplé.

L’à-valoir est un chiffre reconnu comme très réaliste, puisqu’il est calé sur les chiffres de ventes des livres précédents et sur le potentiel du nouveau livre. Une évaluation qui est la plus saine possible, note-t-on chez Flammarion avant de préciser :

« Ce qui fausse tout, c’est lorsqu’il y a transfert d’un auteur. Car l’à-valoir augmente alors de 30 ou 50%, mais n’est plus calé sur le potentiel de l’auteur. »

Comme sur les grosses transactions du mercato, il faut aussi rembourser le coût du transfert.

L’échappée belle.

En avant du peloton, ils sont une douzaine d’auteurs, jamais plus de quinze, à pouvoir prétendre à des à-valoir oscillant entre 1 et 2 millions d’euros par livre. Sans compter la variable de négociation des droits (étrangers, audiovisuels) qui peuvent générer des revenus supplémentaires.

Les qualités indispensables pour en faire partie.

A ce prix-là, il faut avoir derrière soi plusieurs best-sellers (au-delà de 100 000 exemplaires), une vraie régularité dans la production (un livre par an ou tous les deux ans) et dans la qualité des œuvres. Sans oublier ce petit plus de la médiatisation assumée qui fait d’un écrivain un véritable auteur à succès: être râleur, paranoïaque ou passionné d’ufologie...

Ce petit club est réservé à des auteurs professionnels, dont c’est, en général, l’unique activité. La plupart sont des quadras, ayant réussi à créer un style à la fois très personnel et populaire, autour de thèmes qui font écho dans la société.

En résumé, il faut être à la fois original et consensuel. La plupart de ces auteurs ont des agents littéraires pour négocier leur contrat.

Pour les plus gros succès, il faut ajouter à cela les droits générés par les reventes à l’étranger et, en cas d’adaptation au cinéma ou à la télévision, les droits audiovisuels. Ainsi, Jean-Christophe Grangé est-il passé de 2 millions de francs en 1998 pour « Le Vol des cigognes » ; à 1 millions d’euros pour « L’empire des loups » ; en 2003 (source CNC). Tout cela est soumis à impôt et à cotisations sociales (6% des droits perçus).\

La short liste.

L’échappée se compose aujourd’hui d’Anna Gavalda, Fred Vargas et Amélie Nothomb pour les femmes. Avec Christian Jacq, Jean d’Ormesson, Marc Lévy, Michel Houellebecq, Bernard Weber et Jean-Christophe Grangé pour les hommes.

Frédéric Beigbeder flirte avec ce groupe, mais n’a pas été assez régulier pour l’intégrer. D’après les Echos, Guillaume Musso n’en serait plus très loin

Le peloton.

A quelques longueurs, voici le peloton: quelques dizaines d’auteurs, jusqu’à une centaine dans les périodes fastes. Ils se voient gratifiés d’à-valoir évoluant entre 150 000 et 250 000 euros. Selon l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialisé dans la propriété intellectuelle et écrivain à ses heures.

Il faut y inclure tout ceux qui ont eu leur heure de gloire, un gros prix littéraire ou un vrai best-seller et puis qui sont retombés à un étiage moyen. Etiage moyen, signifie des tirages oscillant entre 10 000 et 100 000 exemplaires.

Les qualités indispensables pour en faire partie.

Avoir une vraie plume (ou pas) et/ou être capable d’une grande originalité dans le traitement du sujet. En fait, beaucoup d’écrivains sont l’homme (ou la femme) d’un seul livre. Certains se contentent de répéter la même recette, d’autres appliquent la tambouille marketing, efficace mais pas forcément emballante. Certains aussi s’attaquent à des sujets plus sélectifs, moins grand public. Beaucoup ont une autre activité liée à l’écriture: nègre, journaliste, ou universitaire.

Les classements intermédiaires.

Quoiqu’il en soit, dans l’ensemble du peloton, 98% des auteurs publiés ont un autre métier. En France, cette seconde source de revenus est elle-même liée à l’écriture (nègre, traducteur, éditeur) ou à la sphère intellectuelle (journaliste, professeur), voire diplomatique (Jean-Christophe Rufin, Yasmina Khadra). Souvent, ces revenus sont les plus importants et vont faire augmenter la valeur de la demande.

Par exemple, un journaliste/écrivain people, devenu people grâce aux médias, fera augmenter ses à-valoirs grâce à sa valeur médiatique, plus que par sa valeur littéraire et son potentiel de ventes. Il y a aussi les écrivains qui deviennent critiques, une fois qu’ils ont acquis quelque notoriété avec leurs livres. On vient leur demander des articles un tant soit peu en rapport avec ce qu’ils ont publié. C’est ainsi que, en fonction de sa légitimité et quel que soit le chemin effectué, un écrivain devient quelqu’un qui connaît le sujet (François Bégaudeau, Daniel Picouly).

Autres spécialistes des classements par points, les écrivains «de genre «. Spécialement ceux qui oeuvrent dans le polar (Dan Franck). Ils sont très courtisés par les productions pour devenir scénaristes : Tito Topin, auteur de plusieurs romans, est ainsi devenu le « père » de Navarro, avant une grosse colère contre TF1 à la fin de l’exploitation du personnage dont il avait gardé les droits. Le triomphe des séries à saisons coïncide avec l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs: Franck (La Chambre des morts) Thilliez, va ainsi s’essayer à l’écriture d’une grosse série télévisée, avec d’autres écrivains de genre.

Les nouveaux et les habitués.

Dans cette catégorie, on peut distinguer deux types d’auteurs. Les vieux routiers, connaissant toutes les ficelles du métier : Régine Desforges, Max Gallo, Patrick Rambaud, Irène Frain, Tahar Ben Jelloun, Jean-Christophe Rufin... Liste éclectique qui ne reflète en rien les qualités (ou défauts) littéraires des uns et des autres.

Et les jeunes prometteurs, en quête de carrière: Guillaume Musso en parfait représentant de la génération je-sais-faire-un-bon-livre…

La cohorte des excellents anonymes.

Ici s’ouvre la longue liste des auteurs obtenant des à-valoir inférieurs à 100 000 euros, mais supérieurs à 20 000 euros. Une pléiade (quelques centaines) qui parvient à drainer un large public. Ils ont l’habitude de publier: des livres pratiques, des livres de jeunesse, mais aussi des romanciers réguliers ayant conquis au fil des années un public restreint mais fidèle. A chaque publication, ils parviennent à écouler quelques dizaines de milliers d’exemplaires, avec des livres ayant une durée de vie plus longue que la moyenne.

Les qualités indispensables pour en faire partie

Faire simple, plutôt court et concret! qualités nécessaires pour les livres dit pratiques. A l’inverse, si l’on prétend à la fiction, la méthode inverse est applicable: faire long, complexe et abstrait. Pas de recette miracle donc, mais la volonté de publier le plus régulièrement possible pour satisfaire ses aficionados.

\Le patchwork des auteurs.

Dans cette catégorie, vous trouverez de parfaits inconnus: qui peut citer un auteur de roman de gare sans regarder son kiosque? Ou alors de vraies vedettes, snobées par les grandes maisons rassemblées autour de la place de l’Odéon. Sans oublier désormais des auteurs de BD qui ont su drainer, au fil des albums, un large public.

Zep, dessinateur, fut en 2006 le plus gros vendeur en librairie avec un tirage de 1,8 million d’exemplaires pour le onzième tome des aventures de Titeuf.

L’autobus.

Dans le langage des suiveurs, l’autobus, c’est le groupe des sans-grades qui se rassemblent au pied du col, pour être sûr de ne pas terminer la course hors-délais. La fourchette des à-valoir varie de 2000 à 10 000 euros. Ici, on trouve les fatigués, les plagiaires et les exigeants. Le long cortège de ceux qui refusent tout compromis avec le genre, l’écriture ou le sujet. La bérézina, lance Emmanuel Pierrat, ironique, ajoutant que l’autobus regroupe des milliers d’auteurs. Parfois très bons, mais évoluant dans un secteur en crise. A l’image de l’excellent écrivain qu’est notre Francis Mizio, moins enthousiaste sur l’évolution de l’économie du métier.

Les à-valoir se sont effondrés ces cinq dernières années. Avant, une série noire chez Gallimard, c’était 5000 euros, pour un tirage moyen de 5 à 6000 exemplaires. Aujourd’hui, la moyenne est à 1000 exemplaires. Faites le calcul! Et ne parlons pas de la littérature jeunesse, où les à-valoir ont perdu deux tiers de leur valeur. Le secteur est ultra saturé, donc les ventes sont faibles.

Cette crise est sans doute aussi la conséquence d’une certaine uniformisation des livres marketés pour le succès.

Les qualités indispensables pour en faire partie

D’abord savoir convaincre un éditeur de vous publier. Faire un livre est toujours un pari risqué pour celui qui accompagne sa conception, sa fabrication et sa diffusion. Il peut être convaincu par une personnalité exceptionnelle (les héros inconnus du quotidien), une histoire exceptionnelle (un destin hors du commun, un événement historique revisité par un personnage), un genre exceptionnel (une vraie nouveauté littéraire).

Il y a aussi le coup de foudre, incontrôlable, non pas pour les beaux yeux d’un auteur, mais pour le souffle du récit. Ou le coup de chance.

Une catégorie où il est obligatoire d’avoir un (autre) vrai métier.

Dans cette dernière catégorie, vous trouvez de très nombreux journalistes, abonnés aux livres documents (la non-fiction, comme disent les éditeurs). Mais aussi des ghost writers, des écrivains fantômes, qui prêtent leur plume à ceux qui n’en ont pas. La plupart des livres de témoignages, par exemple, sont écrits par des nègres. Tout comme les brillantes analyses économiques des grands patrons, les biographies des hommes politiques ou les mémoires des artistes. En général, ces gens-là n’ont pas le temps d’écrire. Ils font alors appel aux pros de l’écriture.

http://eco.rue89.com/2008/11/09/comment-les-ecrivains-francais-gagnent-leur-vie

650 bouquins est la fourchette haute des ventes via les écrivains du net.

A propos du service Edilivre et de l’éditeur indépendant

La société Edilivre propose un contrat sans frais de publication (car il n’y a pas de stock), mais ce n’est pas du compte d’éditeur puisque Edilivre ne propose pas une convention inscrite dans le régime légal du contrat d’édition. La réponse nécessite d’aller un peu plus loin dans l’investigation et de présenter, parallèlement, le profil de l’éditeur indépendant.

Situation juridique et commerciale.

Edilivre est une des activités commerciales de la société d’édition APARIS, sarl immatriculée au RCS en mai 2000 et gérée par Francois Guilmoto. APARIS vous semblera peut-être situé aux antipodes de l’édition classique, et pour cause, il s’agit originellement d’une marque (1991) détenue par le groupe Minitelorama, puissante machine créée en 1986 par le même Francois Guilmoto qui investit depuis une vingtaine d’année dans les services (presse, télématique et Internet) dédiés à l’immobilier, au recrutement et à la recherche d’emploi. On ne va pas lister ici la flopée de marques exploitées par Minitelorama (de nombreux 3617 dans les années 90, et autant de noms de domaine depuis 1995). Dès 1999, Philippe Guerrier dépeignait dans le JDN et l’activité intense du groupe, hébergeant une centaine de sites dont Sergic.com et fonciere-lyonnaise.com et disposant d’une chaîne consacrée à l’immobilier sur le bouquet satellite TPS, avec un chiffre d’affaires de 60 millions de francs en 98, [augmentant] de 20 % chaque année. Un des plus gros coups de Minitelorama est la création du service Avendre-Alouer, devenu d’ailleurs la proue du navire puisque le domaine minitelorama.com lui est désormais directement connecté. L’autre fleuron, dirigé également par F. Guilmoto, est le webservice Recrut doublé du magazine éponyme devenu gratuit en 2006 (source : FocusRH)

Tout ça pour dire que la marque/filiale APARIS n’était reliée à l’édition que sous l’angle aigu de la presse spécialisée (immobilier, emploi) jusqu’à la «diversification « de l’activité dans une optique de services aux auteurs. On peut situer ce nouvel axe au début de l’été 2006 : en juin, Minitelorama dépose la marque EditeurIndependant.com (ainsi que KELBOOK.com, linkée sur la première) qui correspond alors à une société par actions simplifiée (SAS) au capital de 362 250 €. Le même mois est créé le domaine edilivre.com (cf. Whois Gandi). À cette époque, les deux plateformes Edilivre et L’éditeur indépendant ne sont pas connectées éditorialement, quoique l’une et l’autre reposent sur un dispositif similaire (impression à la demande + diffusion/distribution Internet). Notez qu’en août 2006, le groupe enregistrera d’autres domaines dans le sillage des premiers, notamment edifree.com pour un site intitulé «Edidoc « et surtout edifree.eu, qui rassemble aujourd’hui sous l’enseigne «Edifree « les deux modules Edilivre et L’éditeur indépendant.

Situation éditoriale et contractuelle.

Il résulte de ce puzzle industriel qu’on ne saurait comprendre l’historique d’Edilivre qu’en liaison avec celui de L’éditeur indépendant. En 2006, le topo de la seconde société fait clairement apparaître une politique de publication à compte d’éditeur centrée sur les premiers romans et les auteurs inédits.

Nouvelle maison d’édition née en 2006 de la volonté de M. François Guilmoto, Editeur Indépendant a pour vocation d’éditer les «premiers romans » et de développer avec l’auteur une véritable collaboration durant tout le processus éditorial. Spécialisé dans la publication de la «première œuvre », Editeur Indépendant édite toute la littérature générale : romans, témoignages, nouvelles, poésies, biographies, etc. Les oeuvres sont publiées dans leur intégralité, au terme d’un processus éditorial mené dans un souci de respect et de fidélité absolue à l’original. Les livres publiés sont diffusés en format papier (livre traditionnel) et en format numérique (fichier téléchargeable en PDF).

(editeurindependant.com, présentation en 2006, extrait)

\L’évolution importante est que l’éditeur Indépendant a rejoint les éditions Aparis Edilivre en janvier 2008, devenant ainsi la collection Coup de Coeur d’Edilivre.

(editeurindependant.com, présentation en 2008, extrait »

Edilivre se décrit de son côté comme une maison d’édition spécialisée dans la publication de la littérature générale. Il s’agit plus exactement d’un prestataire de services. Ou si vous préférez : Edilivre n’est pas un éditeur au sens de l’article L.132-1 du Code de la propriété intellectuelle.

L’étude comparée des deux modèles de contrats révèle des paramètres similaires quant au mode de diffusion/distribution (PDF + livre à la demande, vente à distance, diffusion en ligne pour les deux supports, référencement Dilicom). Un point à noter est que chaque contrat type est téléchargeable sur le site rattaché et qu’il correspond, comme nous avons pu le vérifier, au contrat effectivement proposé aux auteurs. Ainsi, contrairement à certains margoulins, Edilivre et L’éditeur indépendant exposent leur politique de façon transparente, toute la question étant d’en bien saisir les plis et les replis.

En fait, le seul volet méritant une discussion immédiate est la rémunération des parties, Edilivre est un service relativement gratuit. La politique est de reverser aux auteurs 10 % sur les ventes «papier « et 40 % sur les ventes au format numérique (taux calculés sur le prix public HT). Cependant, Edilivre est un service de publication sans cession de droits. Il s’apparente à un service gratuit dans sa formule de base, c’est-à-dire lorsque l’auteur ne recourt pas aux prestations optionnelles portant, entre autres, sur la correction du manuscrit. Du fait de ces paramètres, on pourra donc tantôt le qualifier comme service pour l’auto-édition (type Lulu)

L’éventuelle «gratuité » du service n’enlève pas que dans tous les cas de figures, l’auteur propriétaire des droits laisse au prestataire une commission de 90 % du PPHT sur les ventes papier, ce qui correspond bel et bien à une rémunération, et en l’occurrence d’un niveau très supérieur aux moyennes que nous connaissons dans les activités de service aux auteurs. Qui plus est, l’art. 7 du contrat indique que les rétrocessions d’une année d’un montant net inférieur à 75€ par ouvrage ne pourront donner lieu au paiement, et seront reportées sur l’exercice suivant, ce qui revient à créer un seuil déclencheur de reversement, contraire au principe de restitution inconditionnelle du produit des ventes.

En conclusion, Edilivre propose un contrat sans anomalie rédhibitoire mais la solution obtenue reste coûteuse face aux concurrents, aujourd’hui innombrables, qui se sont engouffrés dans le filon des services de publication PDF/POD à destination des auteurs. Le terme de rétrocession est équivoque mais on peut saluer le souci d’éviter, dans cet alinéa du contrat, toute confusion avec l’expression droits d’auteur (qui ne serait pertinente que dans le cadre d’un contrat de cession). Hélas, le contrat Edilivre emploie ailleurs ladite expression... Ce principe s’applique aussi bien dans le régime du contrat d’édition (L. 132-1) que dans celui du contrat d’édition à compte d’auteur (L. 132-2). Il porte dans le premier cas sur les droits d’auteur, dans le second sur le produit des ventes reversé au client déduction faite de la commission laissée au prestataire mandaté pour diffuser l’ouvrage. La logique du seuil déclencheur se rencontre souvent dans les modèles d’édition «à la limite « (type Manuscrit.com) qui reposent sur un gros volume de contrats signés et doivent limiter la charge administrative et le coût unitaire des auteurs. C’est une variante astucieuse des «contrats light « prévoyant 0 % de droits sur les x premiers exemplaires vendus (système pervers introduit par L’Harmattan).

L éditeur indépendant : une cession à succession

Côté l’éditeur indépendant qui est officiellement « la collection coup de cœur  d’Edilivre  nous avons affaire à un contrat de cession, quoique très éloigné des référentiels établis par le Syndicat national de l’édition ou la Société des gens de lettres. Je ne vais pas analyser ici ce «contrat d’édition « car cela nous embarquerait trop loin, mais je retiens trois points critiques en matière de rémunération.     

L’article 3 (rémunération et reddition des comptes) prévoit le même taux de droits d’auteur pour l’exploitation papier et l’exploitation dématérialisée. C’est un principe contestable dont nous avons déjà longuement débattu.

 Le taux en question a connu un flottement intéressant : en 2007, deux contrats rapportés par des auteurs montrent que L’éditeur indépendant pratiquait uniformément 10 % de DA (taux correct pour les ventes d’exemplaires imprimés) ; mais en 2008 : 10 % (dix pour cent) du prix de vente H.T. sur le total des ventes effectuées (livres et téléchargements) à partir du centième exemplaire vendu et 15 % (quinze pour cent) à partir du millième exemplaire vendu . Le généreux palier de 15 % captera-t-il votre attention au point de vous masquer l’arrivée du seuil déclencheur de 100 exemplaires vendus ? Oui, sans doute, car le jeune auteur néophyte est persuadé qu’il va vendre 1000 exemplaires ! Même moins jeune, même moins néophyte, il compte bien vendre au moins 100 exemplaires... Ce qui, dans une bulle Internet saturée par le wannabisme, ne coule nullement de source.

Ainsi, l’auteur malheureux qui resterait scotché au plafond déjà méritoire de 99 ventes ne touchera rien en contrepartie des droits cédés à l’éditeur indépendant. Enfin et surtout, l’article 4 du contrat dispose ceci : Si l’auteur le souhaite, Editeur Indépendant cédera à première demande de sa part leurs droits d’exploitation de l’ouvrage à tout éditeur qui en aura exprimé le souhait. En cas de cession, l’éditeur cessionnaire reversera à Editeur Indépendant 4 % (quatre pour cent) du chiffre d’affaire public réalisé pendant toute la durée d’exploitation de l’ouvrage. La mention suivante sera portée sur les ouvrages de l’éditeur cessionnaire : œuvre découverte sur Editeur Indépendant.com

En clair, l’éditeur indépendant se pose comme un rentier des droits patrimoniaux après que l’auteur les aura recouvrés. Ce n’est pas, loin s’en faut, une clause inédite. Elle constitue depuis plusieurs années la signature typique des investisseurs en contenus intellectuels. On pouvait penser que l’explosion de l’autoédition irait contre le phénomène des «banques de droits «, mais le bras de fer reste d’actualité, voir notamment, en décembre dernier : «Léo Scheer joue à Manuscrit.com

Relevé sur le site :

http://marcautret.free.fr/autret/150q-faq/e/edilivre-editeur-independant.php')

 

Le chemin de croix d’un auteur...

parcours.jpgLe chemin de croix d’un auteur pour parvenir à ouvrir une porte…

Je viens d’achever Mortelles rencontres. Reste l’étape la plus laborieuse le porte à porte auprès des maisons d’éditions. J’ai déjà deux propositions mais contrairement à mes précédentes publications, j’aimerais tenter le grand plongeon auprès de " grosses maisons " ne serait-ce que pour obtenir une plus large diffusion. Je ne me fais guère d’illusion mais sait-on jamais ?

Premiers résultats de mes expéditions / 1.

Finalement je n’ai effectué que 5 envois en ligne et 23 envois par courrier pour la plus grande joie des PTT et de ma bourse.

Pour vous mettre dans l’ambiance, il faut savoir que dans les grosses maisons, un manuscrit sur mille est retenu. Dans les moyennes, c’est un sur 500 et dans les petites, un sur 100… Une fois que l’on sait cela, il ne reste plus qu’à attendre la guillotine avec sérénité.

Et désolé pour les curieux, mais je ne peux divulguer ici les noms de toutes ses maisons afin de m’éviter de possibles ennuis divers et variés de la part de certaines d’entre elles, plus promptes à faire des procès qu’à faire réellement de l’édition.

  Retours à ce jour :

  - 2 réponses positives dès la deuxième semaine, mais on m’a aussitôt averti qu’il faudra « casquer » des frais ! C’est donc du compte d’auteur déguisé, à la limite de l’escroquerie vu les prix demandés… (Voir mon sujet : Le monde merveilleux de l’édition)

Je reçois également dans ma BAL des propositions de maisons d’éditions en ligne que je n’ai jamais sollicité, allez comprendre !

- quelques confirmations de réception avec informations sur les délais de réponse allant de 2 à 4 mois. Si l’on est pressé, il vaut mieux consulter un article sur les vertus de la patience, ça peut aider.

- quelques autres retours positifs ont suivi, assortis bien évidemment d’une demande d’argent. On sent que le filon est rentable, voire très juteux car il y a beaucoup de requins dans le bassin. Pas étonnant après que l’édition française s’effondre…

  Au bout de 5 semaines :

- un retour positif avec un commentaire plus qu’élogieux sur mon manuscrit par une maison qui affirme n’en retenir que 2 ou 3 pour mille. J’ai frémi un instant, un instant seulement car malheureusement, là encore on est passé à la partie moins joyeuse où il s’agit en réalité de compte d’auteur …. et vlan, qu’il faut passer à la caisse !

- Au passage une proposition commerciale de support pub pour mes précédentes publications, c’est glissé dans mes courriel… ainsi que des pubs littéraires…

  Je commence à réfléchir à la constitution d’une seconde liste d’éditeurs, histoire de ratisser plus large. Et pendant ce temps bien évidemment je n’écris pas puisque je dois perdre un temps précieux et de l’énergie en tractations et cogitations diverses.

Premiers résultats de mes expéditions / 2.

Deux mois plus tard :

D’autres confirmations de réception avec des délais impressionnants d’attente…

Un premier retour négatif en moins de 15 jours, (réception du manuscrit - comité de lecture - et retour à l’envoyeur) plus rapide que ça tu meurs !

Un second retour négatif, motif : jeune maison d’édition aux moyens limités, produisant peu d’ouvrages à l’année et pas de polar. (On ménage pudiquement l’auteur.)

Retours d'éditeurs

Dans la série des retours des comités de lecture, je vous en livres deux.

Négatif

Votre roman nous a plu, nous lui avons trouvé des qualités d’intrigue et d’émotion rares. Cependant, pour nous engager il nous a manqué l’enthousiasme, cette alchimie qui se produit ou ne se produit pas… Toutefois je ne doute pas qu’un éditeur éprouvera un coup de cœur…

Je m’disais aussi !

Positif

Notre comité de lecture reçoit plus de 100 manuscrits par mois, seuls trois ou quatre textes aboutiront à une publication. Nous avons lu avec attention votre manuscrit s’intitulant provisoirement " Mortelles rencontres". Nous avons apprécié ce thriller bien ficelé qui se lit très bien, où vous décrivez un quotidien pesant, avec un détective qui semble se " chercher ". Vous rassemblez tous les ingrédients qui font un bon polars. Votre style d’écriture, le rythme du texte, bien cadencé conviennent à ce genre ; Vous parvenez à tenir votre lecteur du début à la fin du livre…

Là évidemment c’est bon pour l’ego. le contrat suit et la demande d’argent également. C’est assez frustrant !

Résultats de mes expéditions 3

Comme prévu les refus commencent à tomber au goutte à goutte (6 actuellement), l’ère de la distribution de gifles arrive donc doucement.

Deux ne donnent pas d’explications, les autres font plus d’efforts en matière de « Com ». Ce qui nous donne :

- très intéressant mais trop de projets de publications en cours…

- budget en baisse pour investir avec de nouveaux auteurs…

- La crise frappe le monde littéraire aussi…

- Nous ne publions pas ce genre de sujet…

De toute façon il faut accepter les règles du jeu dès le départ à savoir : proposer un manuscrit à un éditeur. Il est lu par un comité de lecture. C’est oui ou c’est non, affaire classée. Ils ne sont pas là pour nous tapoter la main. Ce sont des sociétés dont le seul but est de faire de juteux profits !

Evidement chaque jour lorsque j’ouvre mon courrier, ça me gratouille un peu. Je préfèrerais de loin un appel téléphonique positif, c’est humain, même s’il y a bien longtemps que j’ai arrêté de rêver, surtout dans un monde aussi glauque.

Toutefois, à ma grande surprise un courrier positif venant de la part d’une maison qualifiée de moyenne, s’est également glissé dans la boîte aux lettres. La réponse est même très bien orchestrée.

Phase 1 : les félicitations et les prémices d’une proposition qui se dessine. Là évidemment, l’auteur (moi) est censé être aux anges, conquis :

« Enfin c’est la consécration, les lauriers, la gloire, la berline allemande, les palaces, la… » Excusez-moi je me suis laissé emporter par la liesse! 

Joint aux éloges, un questionnaire passe partout sur divers points à préciser est demandé. La bête est ferrée ! (re moi)

Mais, déjà échaudé à plusieurs reprises, je fonce illico sur internet voir les avis sur cette maison et là, je me prends un coup de massue derrière la tête ! Globalement les avis sont très négatifs.  

(Evidemment il faut savoir faire la part des choses car tous les auteurs refoulés à la porte de ces temples inaccessibles ont tendance à déverser leur rancœurs, tandis que ceux qui sont passés de l’autre côté on ne les " entend plus !...sauf lors de leur promo…"

Je vais toutefois expédier le questionnaire pour voir. Mais j’ai déjà une idée de ce que sera la suite.

Phase 2 : appel téléphonique du responsable commercial ou courriel pour me proposer un contrat mirobolant puis, on va m’orienter directement vers le tiroir-caisse ou pour X mille euros on va me proposer « La » couverture en or massif agrémenter de brillants et le support idéal qui va me permettre de vendre des milliers d’exemplaires… Encore du compte d’auteur déguisé.

Plus je creuse, plus je suis désabusé de découvrir un tel niveau d’escroquerie. Il me semble qu’une réglementation devrait rapidement être mise en place avant que le secteur entier de l’édition n’ait à en pâtir durablement. Déjà que ce n’est pas brillant.   

Cependant en ce joli mois de mai pluvieux, l’espoir ténu demeure encore présent qu’un avis positif venant d’une maison moyenne et sérieuse me permette de poursuivre mon aventure à travers cette jungle silencieuse.

Pourquoi j’insiste autant sur les petites et les moyennes maisons ?

Parce qu’en théorie elles feront de leur mieux pour me « vendre » dans la mesure où elles n’ont pas 50 romans en présentation.

Certes la grosse maison c’est le nirvana affiché en bas de la couverture. Mais en réalité le célèbre inconnu sacralisé par elle, ne fera en gros que servir la soupe à une grosse entreprise dont l’unique objectif est de tout miser sur ses poulains habituels qui la font vivre.

Je sais c’est dur mais c’est ainsi.

Résultats de mes expéditions quatre

J’avais hélas raison concernant mes craintes suite à la réponse positive qui m’a été faite (voir Résultats de mes expéditions / 3). Dès réception du contrat où il m’était effectivement demandé une « lourde participation » j’ai répondu ceci par mail :

Bonjour,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier d’avoir pris le temps de lire mon manuscrit " Mortelles rencontres ". Nous n’allons pas évoquer ici le parcours du combattant d’un " auteur du dimanche " pour faire le tri au sein du monde merveilleux de l’édition, ce serait trop long et ce n’est pas le but. Cependant, il est appréciable dans un tel marécage où se côtoie le meilleur comme le pire, d’avoir quelques retours positifs sur un travail, même si pour ma part ce n’est pas réellement ce que j’envisageais en terme de proposition de contrat d’édition.

  Je comprends tout à fait les difficultés auxquelles doivent faire face les " petites maisons " d’éditions pour survivre et leurs nécessités à trouver des montages financiers sensés les mettre autant que possible à l’abri des risques qu’ils prennent, toutefois en ce qui me concerne l’écriture reste avant tout un loisir. J’ai une vie professionnelle prenante, une famille et de nombreuses obligations. Ecrire est une activité supplémentaire. Le temps que je lui consacre ne peut être amputé ni par un travail de commercial en lieu et place d’une société dont c’est à priori le métier, ni par une avance financière conséquente.

 Dans l’absolu, autant s’orienter vers de l’auto-édition, aller voir un imprimeur et tout faire soi-même.

Votre proposition étant la cinquième du genre que j’ai reçue en moins de trois mois, j’avoue un certain agacement et scepticisme sur la volonté réelle de promouvoir de la nouveauté. J’admets également qu’au regard du nombre croissant d’arnaques dans ce domaine, il devient très difficile pour le néophyte que je suis de discerner les contrats honnêtes des autres. Bien entendu, cet état de fait ne remet nullement en cause la qualité des Editions XXX. Je pensais simplement que le circuit logique était de proposer une histoire à un professionnel. Si elle lui plaît, il tente l’aventure. Si elle ne lui plaît pas il répond négativement, voire éventuellement donne son avis et les choses sont claires. Tout le reste me dépasse donc un peu.

Ce marasme ambiant explique sans doute pourquoi on ne trouve plus en France le fameux roman de gare mais un étalage de prix divers et variés " écrits " par une vingtaine d’auteurs et proposés par cinq maisons qui règnent en maître sur l’univers du livre.

N’ayant fort heureusement pas de problème d’ego, ni la prétention de me prendre suffisant au sérieux, pour être prêt à m’engager de quelque manière que ce soit dans un système onéreux de " compte d’auteur déguisé" juste pour avoir la maigre satisfaction de sortir un quatrième bouquin tiré à 400 exemplaires, je ne peux que décliner avec déception votre offre de " partenariat ".

Je reste néanmoins à votre disposition si vous souhaitez que nous évoquions ensemble des possibilités différentes que celles proposées.

Cordialement

Voici la réponse qui m’a été faite :

Bonjour,

Je suis désolée de votre déception et je ne peux que vous conseiller d'envoyer votre manuscrit à différentes maisons d'édition.

La fiche de lecture concernant votre polar est très bonne : "une enquête palpitante, le lecteur est tenu en haleine sans relâche, les personnages sont attachants. Tout dans la finesse. M'a fait penser à "le tueur intime" de Claire Favan. Très bien écrit...." Hélas nous ne changerons pas les modalités de publication proposées dans notre courrier...

Si vous souhaitez récupérer votre manuscrit merci de me le faire savoir et de m'envoyer une enveloppe timbrée (3.92 euros).

Je vous souhaite une bonne continuation.

Résultats de mes expéditions : fin

8 envois par courriel et 43 envois postaux.

12 réponses négatives reçues dont les éditions du Barbu, De Borée, Liv’Editions, Anne Carrière, Stock, Jacques André, Editions des Traboules, XO, Fleuve Noir, Cherche Midi, de la Boucle, JC Lattès…

6 réponses positives dont les éditions Thot, Paulo Ramand, Baudelaire, Pralégo….

Bilan :

Ma première remarque sera que je ne pensais pas qu’il y aurait autant de non-réponses (31).

Quant aux réponses négatives, elles s’orientent généralement vers un refus poli précisant que le texte ne correspond pas à la ligne éditoriale de la maison où, à cause de la crise de l’édition qui limite les possibilités de publications.

Un petit coup de chapeau au passage pour les maisons d’éditions lyonnaises qui se sont montrées particulièrement frileuses !

Voyons à présent les réponses positives : même si elles sont assorties la plupart du temps d’une demande conséquente d’argent, il est toujours agréable de savoir que son travail n’a pas été rejeté en bloc.

Ces demandes de financièrement présentées sous diverses formes, sont essentiellement liées au risque d’investir sur la tête d’un auteur quasi inconnu. En gros le « petit nouveau » paye pour les auteurs déjà dans l’écurie.

Sans vouloir défendre particulièrement les éditeurs, il faut aussi prendre en compte la difficulté pour eux de se trouver « coincés » entre des auteurs se prenant souvent pour des sommités littéraires et les grosses maisons qui les écrasent. Pas évident d’oser « mouiller la chemise » avec un nouveau.

La bonne nouvelle est venue en d’une maison d’édition qui a accepté de me publier sans contrepartie : les éditions du Bout de la rue. J’avoue que je ne m’y attendais pas. Et d’une certaine façon cette acceptation m’engage sur l’avenir puisque je m’étais fixé un but : soit j’étais publié par un « vrai » éditeur, sois j’arrêtais définitivement l’écriture.

Depuis cet été donc, je suis en contact avec des personnes sympathiques et compétentes connaissant bien leur job. Le contrat est correct et les objectifs sont clairement fixés.

La phase des relectures et modifications se poursuit, sorte de navette entre eux et moi ou d’une certaine façon j’apprends « le métier ». C’est assez passionnant d’ailleurs de constater à quel point un texte peut évoluer.

Ensuite, si tout se passe bien, restons prudent, se sera correcteur*, maquette et publication pour le début de l’année 2011.

*Un conseil aux auteurs débutants : pensez absolument à passer par un correcteur avant de présenter un manuscrit à des maisons d’édition. Je ne l’ai pas fait et ce fut une erreur.